Made in France Europe

J’entre dans le dernier mois. Chaque coup de pédale me rapproche un peu plus de chez moi. Papa, maman, préparez les chocapic j’arrive !!!

C’est avec Ernest, un américain qui voyage depuis 3 mois en Europe, que je quitte Budapest. On passe 5jours ensemble, le long du Danube. On roule en moyenne 120km par jour, entrecoupés de pauses baignades. Quel plaisir de retrouver, même pour quelques jours, un compagnon de voyage. Il m’apprend « l’échelle du Fun ». Et le voyage à vélo entre dans la catégorie 2: sur le moment c’est souvent dur, parfois chiant, mais rétrospectivement c’est fun. C’est d’ailleurs assez étrange cette sensation qu’on éprouve à la fin d’une grosse journée de galère, il suffit de se poser pour que toute la pression et l’énervement de la journée retombent.

« A peine sur mon vélo, je regrette le confort d’un café. Les vagabonds connaissent bien cet état de perpétuel balancement entre envie de se reposer et le désir, sitôtatteint le toit du havre, de reprendre la piste. L’espoir que son propre sort s’améliore au kilomètre suivant, au bout du virage, au-delà de la colline, entraine l’homme insatisfait à toujours pousser sa course, […] l’énergie de la fuite en avant. Celle-là même qui fait tourner le hamster dans sa roue avec l’espoir qu’elle devienne plate un jour. »
Sylvain tesson – L’éloge de l’énergie vagabonde.

On entre en Autriche, et bonne surprise: finis les contrôles d’identité aux frontières. Car oui, depuis la Hongrie, et sans vraiment m’en rendre compte, je suis dans l’espace Schengen, l’Europe sans frontières. Après avoir traversé autant de frontières, je me rends vraiment compte de cette chance qu’on a.Une liberté qui, au fil des années, est devenue comme banale pour nous Européen mais qui est pourtant le symbole d’un projet desolidarité entre les pays.

 

On entre en Autriche, et bonne surprise: finis les contrôles d’identité aux frontières





On se quitte à Linz, Ernest continue son voyage vers le Nord, et moi vers le Sud. J’attaque la traversée des Alpes autrichiennes. 15% de moyenne, sous des trombes d’eau. Les cuisses chauffent dans les montées, et les freins prennent le relai dans les descentes. Ma tente n’est plus waterproof alors chaque soir je m’active pour trouver un bout de toit où dormir: terrain de tennis, école, cimetière, tout y passe. C’est dans ces moments « durs » que je regrette un compagnon de voyage. C’est beaucoup plus simple de relativiser et de rire d’une situation à plusieurs. Durant ce voyage, j’ai eu la chance de voir différentes facettes : j’ai voyagé en équipe, en famille, en petit groupe de voyageurs solos, et tout seul. Autant d’expériences qui m’ont fait grandir. Car c’est aussi ça voyager. Se découvrir soi-même, en apprendre sur ses capacités et aussi ses limites.

C’est avec bonheur que je retrouve mon pote Francesco, qui m’attend chez lui à Castello di Aviano, dans le Nord-Est de l’Italie. Pendant 4jours, je suis chouchouté par sa mère et par sa bande de potes. J’avais rencontré Francesco il y a 6 mois environ au Laos. Puis on s’était recroisé en Chine.

J’entre dans la dernière ligne droite, tout droit par le nord de l’Italie jusqu’à chez moi. Je ne voyage plus vraiment, je ne pense plus qu’au retour. Pourtant l’Italie me réserve un super accueil. Une première invitation par un prêtre pour dormir au chaud dans son église. Puis une seconde invitation, chez Monica, qui m’accueille à bras ouverts chez elle. Comme quoi, il n’y a pas besoin d’aller très loin pour faire de belles rencontres.





J’attaque le col du petit Saint Bernard, par une belle matinée ensoleillée. Un détail m’interpelle, aucun cycliste. Bizarre pour un dimanche mais très vite je fais le lien. Le ciel se couvre, d’un coup, et quelques flocons de neige font leur apparition. Je n’ai même pas le temps de me changer qu’une tempête de neige me tombe dessus, vent de face en prime. C’est dans le froid, la douleur et la solitude que j’atteins le panneau FRANCE (j’exagère un peu mais je trouvais cette phrase super classe). Il fait trop froid pour profiter du moment, alors je fonce, tête baissée vers Bourg Saint Maurice. Je suis trempé, frigorifié, mais je suis en France…

Après quelques jours de balades dans les campagnes françaises, j’arrive en bas du col du Clergeon. Il y a 1 an, j’y fêtais mon départ, et dans 15km je fêterai mon retour… Pour la première fois du voyage je roule en terrain connu. J’attaque la côte, perdu dans mes pensées. « YOUHOU », on me fait signe. Le temps ralentit, un petit groupe caché sur le côté apparait : « SURPRISE ». Tout s’embrouille dans ma tête, mais j’arrive à distinguer ma mère. J’ai imaginé ce moment des centaines de fois, et pourtant je ne réalise pas. Elle me saute dans les bras et tout s’enchaine très vite. Tout ce petit groupe m’accompagne pour les derniers kilomètres. On atteint le col pour une arrivée en fanfare sous les applaudissements de ma famille et amis venus de toute la France. Je me laisse happer par cette belle soirée retrouvailles. Mon vélo sagement posé dans son coin. Il est temps pour nous 2 de faire une pause.







Voila maintenant plus d’un mois que je suis de retour. J’ai repris le cours d’une vie normale. L’euphorie du retour retombe au fur et à mesure. Ce voyage devient un morceau de vie, un souvenir que moi seul peux m’approprier. Pas un instant je regrette d’avoir lâché ma zone de confort pour me lancer dans cette expérience. J’ai vécu une année intense en découvertes et en émotions, et aujourd’hui plus que jamais je me rends compte de la chance que nous avons de vivre en France, entouré de nos familles et amis. Je commence maintenant à prendre du recul sur cette expérience, et bizarrement ce n’est ni voyager à proprement parler, ni les rencontres et encore moins mon vélo qui me manquent. Mais tout simplement « avoir le temps ».

« Nous avons inventé une montagne de besoins superficiels ; nous vivons en achetant et en jetant. Mais ce que l’on dépense vraiment, c’est notre temps de vie. Parce que lorsque j’achète quelque chose ou que toi tu achètes quelque chose, tu ne l’achètes pas avec de l’argent, tu l’achètes avec le temps de vie que tu as dépensé pour gagner cet argent. A cette différence que la seule chose qui ne peut pas être achetée, c’est la vie. La vie ne fait que s’écouler et quel malheur de l’employer à perdre notre liberté. »
José MujicaGordano, président de la république d’Uruguay

Les anecdotes

  • J’ai bien cru que mon vélo ne tiendrai pas jusqu’en France : Pneu, rayon, dérailleur, … A chaque jour, sa peine.
  • C’est assez difficile à expliquer, mais ce qui m’a frappé le plus en passant en France est que tout le monde parle Français … J’ai mis 2-3 jours à m’habituer.
  • J’ai respecté le défi non officiel des voyageurs : 1 pays, 1 bière (au minimum)
  • Un grand merci à Fanf pour son aide précieuse tout au long du voyage : Soutien, conseils, communitymanager, correction des fautes sur le blog, … Bref UN GRAND MERCI