La route du Pamir Kyrgyzstan & Tadjikistan

Considérée comme la deuxième plus haute route du monde, la route M41 est devenue incontournable pour les voyageurs à vélo de passage en Asie du Centre.

La route du Pamir, on m’en parle depuis le Cambodge. Et pourtant je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre. Je sais juste que c’est beau, haut et dur… Suffisamment d’infos pour me motiver. Je mets 3 jours, depuis Osh, à rejoindre la frontière Tadjik.  3 jours de mise en jambes. J’enchaine les cols et je prends très vite de l’altitude. Belle surprise pour ma dernière soirée au Tadjikistan, une famille m’invite à poser ma tente à côté de leur yourte. Je suis à 3100m d’altitude.

Les choses sérieuses commencent. Un no man’s land de 25 km en tôles ondulées, sable et cailloux entre le Kyrgyzstan et le Tadjikistan. 1100m de dénivelé positif pour passer un col à 4290m. Plus j’avance, plus la pente s’accentue. Passé 10%, je n’ai plus aucune adhérence, je m’enfonce, je dérape. Pas d’autre choix que de pousser le vélo. Dans ces moments je ressens vraiment le manque d’oxygène. Je pousse 30sec pour 1 minute de récupération. C’est finalement après une grosse demi-journée d’effort que j’atteins le Tadjikistan.

 

Dans ces moments je ressens vraiment le manque d’oxygène. Je pousse 30sec pour 1 minute de récupération.






Je passe 4 jours à plus de 3500m d’altitude . Malheureusement je ne suis pas assez équipé pour affronter les nuits glaciales en bivouac. Alors chaque jour je suis obligé de rallier le village suivant pour dormir au chaud. De très longues journées de vélo allant de 80 à 140km. Mais je kiffe. Les paysages changent constamment, les cols sont de plus en plus hauts et surtout je suis seul. Je passe des heures entières avec les marmottes pour seule compagnie. Je croise 8 voitures max par jour, quelques cyclos et c’est tout. Une sensation rare d’être seul au monde m’envahie. Perdu dans le massif du Pamir au milieu du Tadjikistan, enivré par la beauté des montagnes et le manque d’oxygène, je me sens … libre.

Incursion afghane

Je quitte la M41 et bifurque en direction de la vallée Wakhan. Le cadre est incroyable. Je roule le long de la rivière Panj, coincé entre les montagnes du Tadjikistan et celles de l’Afghanistan. Et plus loin encore, les hauts sommets enneigés du Pakistan. Je prends un jour de pause sur Iskachim pour une petite incursion en Afghanistan. Enfin presque !!! Je passe une demi-journée au marché afghan, situé en zone neutre entre les 2 pays. On y trouve de tout : chaussures, fringues, vaisselle, fruits & légumes, … Forc&ment je suscite la curiosité, et je rencontre quelques Afghans qui parlent anglais. Ils me racontent à quel point ils aimeraient aussi avoir des touristes, que le petit Pamir (nord de l’Afghanistan) est sûr, beaucoup de trek à faire dans des paysages somptueux. L’an dernier, seulement 300 touristes ont fait le déplacement. Je passe mon tour (pour cette fois).






Je continue à longer le Panj, mais je profite de moins en moins. La piste est de plus en plus mauvaise, impossible de regarder autour, je suis constamment concentré sur la route pour éviter les trous, les passages sableux, … Ca me tape sur les nerfs de passer la journée à vibrer comme ça. Pour couronner le tout, j’ai le vent de face depuis mon entrée au Tajikistan. Je roule tout de même plusieurs jours comme ça, sans grande motivation. C’est finalement les casses répétées sur mon vélo qui ont raison de moi, et c’est en stop que je termine les 350 derniers km jusqu’à Dushambé.

C’est Véro, une française expatriée, son fils Gabriel et son perroquet Canaillou qui m’accueillent. Elle habite un petit havre de paix, en plein centre de Dushambé. En 8 mois, rarement j’ai rencontré quelqu’un de si ouverte et si généreuse. Sa porte est ouverte à tous les cyclistes. Ça tourne, des cyclos arrivent, repartent, c’est vraiment génial. Cet endroit me fait un bien fou, recharge mes batteries, pleins de rencontres, …

Le 10 Juillet je m’envole pour Tbilissi, capitale de la Géorgie.







Les anecdotes

  • La route du Pamir est assez fréquentée à cette époque par les voyageurs à vélo, et il m’est arrivé de croiser jusqu’à 12 cyclos dans la même journée
  • J’ai fait 2 rencontres improbables sur la route : Fred & Brigitte, un couple suisse qui m’avait hébergé il y a 2 ans ; et Claude Marteler, une voyageur/écrivain reconnu dans le monde du voyage à vélo et qui m’avait aussi hébergé chez lui il y a 3 ans.
  • Le plus haut col sur la route du Pamir : Ak-baital Pass à 4655m